Les pillages au Guatemala

A la découverte du passé... Partagez vos connaissances sur la riche histoire et les traditions mexicaines.

Modérateurs: Xochitl, Jane, Tortuga, Cacalotl

Les pillages au Guatemala

Messagede Citlalhuicatl » 19 Avr 2007, 13:36

Article trouvé sur le site de Archeonet.J'invite tout le monde à le lire. C'est vrai qu'il est un peu long,mais il fait vraiment réflechir...

Razzia sur les trésors mayas du GuatemalaCancuen (Guatemala) FRÉDÉRIC FAUX. Publié le 18 avril 20

La civilisation maya a laissé au Guatemala plus de vestiges archéologiques que les pharaons à l'Égypte. Aujourd'hui,ce petit pays d'Amérique centrale doit faire face à des bandes suréquipées, sans scrupule, organisées comme autant de mafias. REPORTAGE.


La longue barque à moteur remonte les eaux vertes de la Pasion, accostant dans une boucle de la rivière. C'est là, avant les premiers rapides, que les Mayas ont établi, au VIIe siècle de notre ère, un port de commerce baptisé Cancuen. C'est au milieu de cette forêt tropicale, où la nuit tombe comme un couperet, que l'explorateur autrichien Teobert Maler a aussi échoué son bateau, le 23 juillet 1905.


« Après de nombreux jours de labeur, nous sommes arrivés sains et saufs à Cancuen, écrit-il alors. Les ruines se trouvent dissimulées sous le couvert dense des arbres et des palmes... Il n'y a pas de doute que les fouilles donnent des résultats intéressants. »

Une promesse que Cancuen - place des serpents - a largement tenue. Ses ateliers de tailleurs de jade, mis au jour par les archéologues, restent uniques dans le monde maya. Son port fluvial, ancré à la frontière de hauts plateaux guatémaltèques et de la forêt du Peten, était une plate-forme commerciale dont l'influence s'étendait jusqu'au golfe du Mexique.

Son palais, encore largement enfoui dans la végétation, a par ailleurs livré une découverte sans précédent.


« Trente-deux membres de la famille royale assassinés à coups de lances et de haches ont été retrouvés dans un bassin. Après ce massacre, Cancuen a été abandonnée, comme les autres villes en aval de la rivière, révèle Tomas Barrientos, codirecteur des fouilles. C'est le seul témoignage direct que nous ayons du déclin et de la chute des cités mayas. » Lorsque Carmen Chub Coy promène les visiteurs à travers les ruines, ce patrimoine exceptionnel est pourtant éclipsé par une autre histoire, beaucoup plus contemporaine. Le guide maya, enjambant les racines géantes des ceibas, s'est arrêté devant cette stèle n° 2 qui fit longtemps la gloire du site. Sur l'une de ses faces, un bas-relief d'une extrême finesse y représentait le grand Taj Chan Ahk, au pouvoir de 759 à 796...


Aujourd'hui, le roi de pierre gît à même le sol, au bord d'un chemin. « Toute la partie sculptée a été coupée à la scie, sur plus de deux mètres », lâche Carmen. Cette pièce d'exception, affirment les Indiens du voisinage, fut emportée par les militaires stationnés ici à la fin des années 1980.


Un peu plus loin, un empilement de blocs taillés marque un autre de leurs forfaits. « C'est ce qui reste de l'escalier couvert de glyphes qui montait vers le palais, ajoute Carmen. Toutes les marches sculptées ont disparu. » L'imposant édifice est également percé d'une dizaine de tunnels clandestins dont les entrées, à peine assez larges pour laisser passer un homme, se succèdent à flanc de colline.





Au Guatemala, petit pays d'Amérique centrale qui compte plus de vestiges archéologiques que l'Égypte, pilleurs de temples et autres chercheurs de trésors continuent inlassablement leur oeuvre de destruction.


Selon le Conseil national des zones protégées, 70 % des sites du Peten montrent des signes de déprédation plus ou moins avancés. Les archéologues, manquant souvent de fonds pour protéger leurs découvertes, en sont réduits à les enfouir de nouveau sous des mètres cubes de terre. « Les poteries mayas que l'on trouve sur le marché de l'art ou dans les collections privées sont mille fois plus nombreuses que celles qui ont été correctement étudiées, dans un contexte archéologique documenté », affirmait déjà, en 2002, devant une commission du département d'État américain, le professeur Robert Sharer de l'université de Pennsylvanie. « De telles disparités indiquent que les pillages ont sérieusement compromis notre espoir de comprendre un jour cette civilisation », concluait-il. Cette dernière, en effet, n'a pas livré tous ses secrets. À son âge d'or, entre 250 et 900, le monde maya se partageait entre soixante-dix villes où fleurissait une écriture glyphique - encore imparfaitement comprise par les spécialistes - qui fut la plus développée de l'ère précolombienne. Astronomes hors pair, mathématiciens jonglant entre le zéro et l'infini, les Mayas conçurent également un calendrier solaire plus précis que son homologue grégorien, en vigueur à la même époque en Europe.


« Ces Mayas se dédiant à la science, à l'art, à la religion, ont longtemps été considérés comme les sages des Amériques », rappelle le Français René Viel, spécialiste du site hondurien de Copan. Des prouesses intellectuelles qui rendent d'autant plus mystérieuse leur disparition soudaine : « On évoque un manque de nourriture, une surexploitation des terres entraînant une catastrophe écologique... Mais l'on n'est sûr de rien. »

Pour répondre à ces questions, étonnamment proches de nos préoccupations contemporaines, les archéologues doivent reconstituer un puzzle dont les pièces principales ont commencé à disparaître dès l'arrivée des conquistadores espagnols. L'évêque Diego de Landa, missionnaire au XVIe siècle dans le Yucatán, fut le premier Européen à étudier cette culture ancestrale, dans le seul but de la détruire : sous son autorité, des milliers d'idoles « démoniaques » et de livres « blasphèmes » partirent en fumée. Trois siècles plus tard, une vague d'explorateurs redécouvrirent les villes antiques de Palenque, Copan, ou Tikal, enrichissant les musées occidentaux de merveilles qui ne reverront jamais leur pays d'origine. Mais ces expéditions qui se frayaient un chemin à coups de machettes à travers la forêt ont laissé place à des raids beaucoup moins romantiques.





« Nous avons affaire aujourd'hui à des bandes organisées qui utilisent des fusils d'assaut, des tronçonneuses, et des véhicules tout-terrain », affirme Salvador Lopez, chef du département des monuments pré-hispaniques au ministère de la Culture.


« L'année dernière, poursuit-il, le site de Dos Pilas a été forcé par des hommes équipés d'AK 47 ! Ils ont découpé deux glyphes et ils sont repartis. C'était à l'évidence une commande, un vol de catalogue. »


D ans les sombres locaux du ministère, situés dans un ancien monastère de Guatemala City, les histoires de pilleurs résonnent à tous les étages. Dans le bureau d'Oscar Mora, coordinateur de l'unité de prévention du trafic illicite, elles prennent un tour encore plus inquiétant : « La cocaïne colombienne à destination des États-Unis transite par le Peten où l'on compte des dizaines de pistes d'atterrissage clandestines. C'est en construisant ces pistes que les trafiquants locaux découvrent des vestiges. Il existe même des bandes qui paient la drogue avec des pièces archéologiques ! »

La frénésie des pilleurs est stimulée par la cote toujours plus élevée des antiquités mayas. Colliers de jade ou de corail, vases anthropomorphes et encensoirs délicats s'arrachent dans les salles des ventes. « Les plus belles pièces - des stèles, des sculptures - peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de dollars », estime Salvador Lopez. Ce marché est également alimenté par les milliers de colons qui défrichent la forêt du Peten, où les grandes cités de l'ère classique avaient été protégées pendant mille ans par une végétation impénétrable.


À Zapote Bobal, au nord de Cancuen, les arbres ont ainsi laissé place à une vaste pâture où les vaches déambulent entre une multitude de monticules mayas.Les fermiers du voisinage, déplorent les archéologues, en ont déjà éventré la moitié. « Le problème, ce n'est pas seulement la disparition des pièces précieuses ou prestigieuses, explique la céramologue française Mélanie Forné, en rangeant les caisses de tessons qui s'accumulent dans son laboratoire de Guatemala City. Lorsque nous faisons des fouilles, ces éclats de vases ou de jarres nous permettent de reconstituer la chronologie, de deviner la fonction des édifices, d'étudier les influences régionales. Mais si le site a été pillé, si la céramique a été déplacée, une partie de ces informations sera à jamais perdue. »


Le Guatemala est-il vraiment devenu l'Eldorado des pilleurs ? Sur les 2 900 sites archéologiques recensés, seuls 49 bénéficient d'une surveillance permanente. La peur de perdre ce patrimoine unique au monde a pourtant fait réagir les autorités guatémaltèques. En 1998, le pays s'est doté d'une loi pour la protection des biens culturels de la nation, condamnant les contrevenants de six à neuf ans de prison. Ces cinq dernières années, plus de 500 pièces exportées illégalement aux États-Unis ont, par ailleurs, été rapatriées au Guatemala grâce à une convention signée entre les deux pays. « Les vols d'antiquités, aujourd'hui, sont très médiatisés, et les contrôles sont plus importants, il y a une véritable prise de conscience », note Jorge Mario Ortiz, numéro deux du département des monuments préhispaniques.


Mais c'est de Cancuen, site martyr, que vient le plus grand espoir. L'équipe américano- guatemaltèque, qui a commencé ses fouilles en 1999, s'est appuyée sur des ouvriers et des restaurateurs issus des villages voisins afin de sensibiliser et d'intéresser la population maya à la protection des vestiges. Ce programme d'archéologie « éthique » ne s'est pas arrêté là : des guides et des artisans ont été formés, un projet touristique a permis d'ouvrir les ruines au public en 2005. « Comme l'État n'a pas les moyens de surveiller toutes les zones archéologiques, il est nécessaire d'intégrer les populations qui vivent aujourd'hui en leur sein, assure Tomas Barrientos, codirecteur des fouilles de Cancuen. L'idée est de faire comprendre qu'un pillage ne bénéficie qu'à un seul individu alors que le travail communautaire profite à tout le monde. »

Les Mayas de Cancuen, qui sont devenus les meilleurs gardiens de la ville antique, ont ainsi permis, en 2004, de retrouver un autel érigé en 796, représentant le roi Taj Chan Ahk jouant à la pelote avec un autre seigneur.« Il est apparu après le passage d'une tempête tropicale alors que les archéologues n'étaient pas là, raconte Tomas Barrientos. Un des gardiens a alors décidé de l'emporter pour le vendre à un intermédiaire. Les gens de son village, qui l'avaient vu déplacer cette pièce de 270 kg, prenaient des risques s'ils témoignaient. Mais ils ont décidé de nous parler, ils ont dénoncé un des leurs et les pilleurs de Cancuen ont été les premiers Guatémaltèques à être condamnés pour trafic d'antiquités. »

« Pour nous, conclut-il, c'est une véritable victoire. »

J'aime beaucoup l'idée d'une "archéologie éthique"...en esperant que ça puisse un jour vraiment marcher...
"In otin ihuan in tonaltin nican tzonquica"

"Anthropology is interpretation of interpretation" - C. Geertz

(\__/)
(o'.'o)
(")_(")
This is Bunny. Copy and paste bunny into your
signature to help him gain world domination.
Avatar de l’utilisateur
Citlalhuicatl
Rey Azteca
Rey Azteca
 
Messages: 3689
Inscription: 01 Avr 2005, 09:35

Messagede Cacalotl » 19 Avr 2007, 17:24

Je pense qu'il est important d'impliquer les locaux de l'importance de leur patrimoine qui est à la fois une richesse culturelle et économique. Les gouvernants et les archéologues doivent orienter leur politique de préservation du patrimoine archéologiques de cette manière.
Félicitations aux Mayas qui n'ont pas eu peur de dénoncer un des leurs.
Avatar de l’utilisateur
Cacalotl
Modérateur
Modérateur
 
Messages: 3761
Inscription: 03 Juin 2005, 09:00
Localisation: Un Picard à Monterrey

Re: Les pillages au Guatemala

Messagede ARNALDUS » 08 Avr 2011, 23:23

Il faut lire dans Le Monde du 26 mars 2011 : Naachtun, cité maya retrouvée
Systématique, le pillage est devenu « un désastre culturel »
Article paru dans l'édition du 26.03.11 signé S.Fo

Cet article commence par : " C'est un désastre culturel. »L'archéologue guatémaltèque Vilma Fialko (Institut d'archéologie et d'histoire du Guatemala), responsable d'un projet de protection et de valorisation du patrimoine archéologique de son pays, qualifie en ces termes le pillage, largement routinier, des grands sites mayas de la région des basses terres. Naachtun, qui compte pourtant parmi les plus inaccessibles, ne fait pas exception."

Il s'achève par : "Comme le Guatemala, le Mexique surveille de plus en plus le marché de l'art pour récupérer les pièces dérobées sur ses sites archéologiques. Les chercheurs mettent à disposition les résultats de leurs travaux pour identifier certaines pièces et déterminer leur provenance. Ce genre de collaboration avec les autorités guatémaltèques est « plus que jamais nécessaire », note un archéologue."
ARNALDUS
Turista
Turista
 
Messages: 6
Inscription: 28 Fév 2011, 23:57


Retourner vers Archéologie et Histoire

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités