Discussion sur le volontariat

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Messagede Yvan » 09 Mai 2009, 15:08

Edit Xochitl : Sujet repris dans une autre discussion afin de ne pas la perdre et de continuer cette nouvelle discussion ici :merci:

Popolecatl a écrit:Grande parenthèse :
Moi, je suis convaincue qu'on doit agir avec ses moyens et à niveau local ; ça me fait marrer par exemple tous ces jeunes européens qui se la jouent de sauveurs de la planète et débarquent au Chiapas pour faire de "l'alphabétisation"...
Est-ce qu'ils ont regardé avant au coin de leur rue, si quelqu'un avait besoin d'aide ? Sont-ils sûrs des besoins réels des personnes qu'ils vont soi-disant aider ? Selon ce que je sais, et suivant mon exemple, un indigène chiapanèque a bien plus besoin d'eau potable, de manger et d'avoir accès à des soins que d'apprendre l'espagnol...
Et en France, on voit souvent des gens faisant la manche dans la rue, qui n'ont ni un toit, ni de qui manger... Quelqu'un les aide ? Y a-t-il un jeune européen prêt à lutter pour eux ?


Popolecatl, tu parles d'alphabétisation au Chiapas et en France.
Il se trouve que ce sujet est un de mes centres d'intérêt.
En Belgique francophone on estime que l'analphabétisme (et/ou l'illéttrisme) touche 10% de la population.
Je suppose que ce taux doit se retrouver à peu près semblable dans les divers pays d'Europe occidentale.

Faut-il résoudre tous les problèmes économiques, sociaux, ....des personnes avant de leur proposer d'apprendre à lire et écrire couramment?
La question est vaste et le débat loin d'être clos.
Moi je crois (mais c'est une croyance hein!) que c'est un outil d'émancipation, d'insertion dans la société (c'est pas contradictoire...), de participation à la vie en société, à la dignité humaine,...
Je travaille dans la formation d'adultes et je peux témoigner de l'utilité de la formation chez des personnes qui sont privées de tout, y compris d'estime de soi.

Bientôt âgé de 55 ans, j'aurai l'occasion d'arrêter mes activités professionnelles. Alors si je peux mettre mes compétences au service des habitants d'un pays dont je suis tombé raide amoureux, je ne manquerai pas de le faire.
J'envisage cela comme une mise à disposition des éventuelles compétences que j'ai pu acquérir et non comme l'oeuvre d'un rédempteur qui va porter la bonne nouvelle aux "pauvres sous-développés"
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Re: Discussion sur le volontariat

Messagede popolecatl » 10 Mai 2009, 19:36

Yvan a écrit:Popolecatl, tu parles d'alphabétisation au Chiapas et en France.
Il se trouve que ce sujet est un de mes centres d'intérêt.
En Belgique francophone on estime que l'analphabétisme (et/ou l'illéttrisme) touche 10% de la population.
Je suppose que ce taux doit se retrouver à peu près semblable dans les divers pays d'Europe occidentale.

En fait, je parle d'aide humanitaire, quel qu'en soit son genre : alphabétisation, aide médicale, aide alimentaire...

Faut-il résoudre tous les problèmes économiques, sociaux, ....des personnes avant de leur proposer d'apprendre à lire et écrire couramment?
La question est vaste et le débat loin d'être clos.
Moi je crois (mais c'est une croyance hein!) que c'est un outil d'émancipation, d'insertion dans la société (c'est pas contradictoire...), de participation à la vie en société, à la dignité humaine,...
Je travaille dans la formation d'adultes et je peux témoigner de l'utilité de la formation chez des personnes qui sont privées de tout, y compris d'estime de soi.

Je suis tout à fait d'accord avec toi, en général. Mais il y a des cas particuliers où ce qu'on fait avec l'alphabétisation, c'est contribuer à la destruction d'une culture. Exemple des communautés indigènes dans le monde entier, où on leur apprend à lire et à écrire dans la langue du colon et, petit à petit, les nouvelles générations commencent à oublier leur langue au profit de la langue "imposée".
Autre point, que je répète : l'exemple des indigènes du Chiapas n'est pas innocent. J'ai entendu parler (je sais, ce n'est pas de l'info de première...) de groupes de jeunes européens qui vont "faire de l'alphabétisation" au Chiapas et qui se voient refuser l'entrée aux communautés et finalement en ressortent bredouilles et furieux parce que "ces pauvres indiens" ont refusé leur aide.
En fait, ce que ces jeunes ne comprennent pas, c'est que pour pouvoir aider quelqu'un, il faut que cette personne accepte l'aide (là je parle plus en général, tous domaines confondus). Et si la priorité des indigènes du Chiapas est de pouvoir manger, je pense qu'il accepteront volontiers de l'aide alimentaire, mais refuseront logiquement d'apprendre à lire et à écrire, non seulement parce que ça ne leur sert pas dans l'immédiat, mais aussi parce les us et coutumes de leur société sont différentes aux nôtres et on n'y laisse pas rentre un étranger si facilement que ça...


Bientôt âgé de 55 ans, j'aurai l'occasion d'arrêter mes activités professionnelles. Alors si je peux mettre mes compétences au service des habitants d'un pays dont je suis tombé raide amoureux, je ne manquerai pas de le faire.
J'envisage cela comme une mise à disposition des éventuelles compétences que j'ai pu acquérir et non comme l'oeuvre d'un rédempteur qui va porter la bonne nouvelle aux "pauvres sous-développés"

Bien sûr, je suis tout à fait d'accord avec toi. Mais c'est justement ma critique : toi, tu as "aidé", en faisant correctement ton travail, des gens autour de toi. Tu n'es pas parti à Tombouctou pour le faire.
Je ne nie pas que les aides humanitaires dans des pays détruits para la guerre et la famine, comme c'est le cas dans laplupart du continent africain, sont nécessaires à la survie des peuples qui y vivent. Mais j'ai l'impression que les gens qui entrent dans ce genre de mécanismes ont étudié le pays où ils vont se rendre, partent pour des "missions" de plusieurs mois et le seul profit qu'ils en tireront c'est d'aider les gens.

L'Amérique Latine, tout comme l'Afrique, reste, pour les européens, une même entité, comme si c'était un même pays, alors qu'il y a tant de diversité culturelle qui sépare un pays de l'autre, à l'intérieur de cette même entité.
Ce qui m'insurge, en fin de comptes, c'est l'ignorance. C'est voir que des gens incultes, sous le masque de vouloir faire le bien, viennent mettre encore plus la pagaille et finalement n'aident à rien...



Ce que je promeus, c'est l'aide humanitaire au coin de la rue, parce que personne ne va changer le monde, même pas en étant la plus grande organisation mondiale d'aide humanitaire... Parce que le seul monde que l'on peut vraiment transformer, c'est celui où l'on vit, celui que l'on comprend... Un monde vraiment tout petit, où l'on peut faire d'énormes transformations.

Je suis convaincue que si chacun met son petit grain de sel, ensemble, comme des petites fourmis, nous arriverons en effet à changer le monde. En attendant, moi je fais ma part, dans le petit bout de planète où je vis. Ce petit coin, où j'essaie de ne pas trop polluer et de fomenter le recyclage ainsi que l'économie des ressources.
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Messagede Yvan » 10 Mai 2009, 20:10

A mon avis, il faut les deux: l'action de chacun devant sa porte et puis l'action de plus grande envergure.

Un exemple?
Pour résoudre le problème de la faim dans le monde, on estime qu'il faudrait injecter 22 milliards d'EURO; 7 pour l'urgence et 15 pour le structurel (autre chose que les centaines de milliards donnés aux banques).
Cela ce n'est pas chacun dans son coin qui pourrait le réaliser même s'il serait souhaitable de commencer par là.
Et quand quelqu'un met en place une action humanitaire, s'il veut que cette action ait une suite il a intérêt à s'intégrer dans une stucture, un organisme qui lui survivra.

Le danger ce sont les "va-t-en-guerre" et autres messies amateurs du style Arche de Zoé. Même des organisations connues peuvent être plus dangereuses qu'utiles.
Et puis le néocolonialisme peut toujours être une menace.
De même pour le paternalisme.

Je crois aussi que des jeunes peuvent avoir un rôle à jouer car ils ont la santé, le dynamisme,...Mais leur idéalisme peut parfois se brûler les ailes au contact de la réalité si cela n'est pas bien cadré au point de vue idéologique.

Ne pas oublier que dans l'humanitaire on se fait d'abord plaisir à soi-même.
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Messagede popolecatl » 10 Mai 2009, 20:53

Voilà, c'est exactement ça :
Yvan a écrit:Le danger ce sont les "va-t-en-guerre" et autres messies amateurs du style Arche de Zoé. Même des organisations connues peuvent être plus dangereuses qu'utiles.
Et puis le néocolonialisme peut toujours être une menace.
De même pour le paternalisme.

Je crois aussi que des jeunes peuvent avoir un rôle à jouer car ils ont la santé, le dynamisme,...Mais leur idéalisme peut parfois se brûler les ailes au contact de la réalité si cela n'est pas bien cadré au point de vue idéologique.

ce que je voulais dire.

Tout à fait d'accord : on a besoin des organisations style "médecins sans frontières" et autres pour des projets plus grands.
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